Volontariat civique senior, 3Q à Yves Charpak

 

CONTEXTE

Adopté à l’Assemblée Nationale le 6 juillet, le projet de Loi Égalité et Citoyenneté, s’il encourage la généralisation d’une culture de l’engagement citoyen tout au long de la vie, n’intègre pas le volontariat civique senior comme le proposait l’amendement de Michèle Delaunay.

Celui-ci a en effet reçu un avis défavorable du Gouvernement comme le rapportait Patrick Kanner, Ministre de la Ville de la Jeunesse et des Sports :

En 2013, 37 % des bénévoles d’associations avaient 60 ans et plus, les 35-49 ans ne représentant que 24 % des personnes engagées. Manifestement, l’engagement des seniors est une réalité objective aujourd’hui, ce qui rend inutile l’instauration d’un dispositif incitatif spécifique.[…]

Enfin, les termes « volontariat civique senior » sont source d’ambiguïté, le dispositif pouvant être confondu avec le service civique de la jeunesse. En France, le volontariat est traditionnellement indemnisé. Or, cette proposition ne prévoit aucune indemnité, et revient donc à du bénévolat simple, ce qui ne nécessite par conséquent aucune codification distincte. Le Gouvernement émet donc un avis défavorable sur cet amendement, notamment parce que nous créons par ce projet de loi la réserve civique.

3 QUESTIONS À YVES CHARPAK, PRÉSIDENT DE LA COMMISSION SANTÉ

yves_charpak

Vous aviez déjà évoqué le volontariat civique senior, pourriez-vous nous expliquer ce dont il s’agissait ?
« Je pensais surtout à l’international et je m’en explique. Il existe aujourd’hui un programme pour les volontaires juniors dans le cadre du service civique national ou international.

Une partie des volontaires juniors, en particulier ceux qui ont un minimum de formation ou d’expérience, peut exercer à l’étranger, constituant une formidable source d’expérience. Des jeunes gens intéressés par l’international peuvent ainsi espérer devenir ensuite les porte-paroles efficaces de la France à l’étranger, ce qui manque un peu dans la culture nationale.

Je souhaite insister ici sur l’aspect international, à une époque où des structures de mobilisation de l’expertise française pour la coopération internationale se mettent en place (expertise France, Business France…) et souffrent d’un manque de moyens.

Mais pour les seniors, rien n’existe pour ceux qui souhaiteraient s’investir à l’étranger pour bénéficier d’une expérience qu’ils n’ont pas eu dans leur carrière antérieure, pour changer d’activité, ou encore pour apporter leur expertise dans des lieux où elle est plus rare. Ils seraient pourtant des candidats parfaits à une forme de volontariat senior international, rémunéré a minima pour couvrir des frais localement, tout en garantissant que les intéressés seront bien protégés et accompagnés par les institutions hôtes.

Que vous inspire ce vote à l’Assemblée, d’une part sur le congé d’engagement associatif pour les actifs bénévoles, d’autre part sur le retrait de l’amendement pour un volontariat civique senior ?

Ce retrait est incompréhensible et traduit bien une vision historique très conservatrice de l’activité professionnelle propre à notre pays : on préfère des professionnels inactifs à une mobilisation au bénéfice de la société d’une expertise inutilisée mais forcément « bousculante » pour les organisations en place. Certes cela conduirait peut-être à mettre le doigt sur des « chasses gardées » corporatives mais l’efficience de la France à l’international pourrait en bénéficier largement.

L’engagement des seniors, s’il est apparemment « une réalité objective », ne mérite t’il tout de même pas de mesure incitative contrairement à ce qu’il a été décidé ?

L’incitation et surtout la protection et l’accompagnement des seniors qui se mobilisent à l’international sont essentielles pour leur éviter les déboires et les risques forcément un peu plus élevés d’activité « hors site » habituel (compréhension du contexte, santé, sécurité, complexité des formalités d’une expatriation, aide au retour, etc.).